mercredi 20 juin 2007

La rue des Rosiers

L’air était chaud et humide dans le Lavomatique de la rue des Rosiers. Dehors la pluie battait son plein et faisait monter l’humidité à l’intérieur. Il a regardé sa montre, il était un peu plus tard que sept heures. La pluie n’avait apporté aucune fraîcheur.

Sans s’en rendre compte il s’est retrouvé dans l’avenue Istiklal, marchant sous la pluie vers la pâtisserie Inci pour se délecter des profiteroles. Traverser toute l’Istiklal, déboucher sur Taksim, serpenter avec Gumussuyu et retrouver le Bosphore à Dolmabahçe… La pluie lui apportait presque l’odeur de la mer.

Son regard fut capté un moment par ses habits condamnés au mouvement circulaire dans ce petit espace, et leurs efforts d’utiliser les moindres parcelles de leur liberté rotative. Un instant maître de l’espace, le bleu se retrouve envahi et chassé par le vert qui, après quelques rotations disparaît dans le tourbillon vertical et laisse la place au jaune, au rouge, aux différents tons de bleu… Vient ensuite la mousse. La mousse blanche des vagues battant la côte. Il faut marcher rapidement de Dolmabahçe à Besiktas, ce bout de chemin est fade, il ne donne pas sur la mer. Prendre un bateau à Besiktas, recousant une côte à l’autre jusqu’à la Mer Noire…

Il n’a pas pu rester plus longtemps. Le lavage sera terminé dans 20 – 25 minutes. Le linge restera dans la machine de toute façon, en plus il n’y a personne. Il s’est jeté dehors, il a fait semblant de se protéger des gouttes, pendant un court moment, ensuite il s’est laissé tremper. Il faisait chaud. Sa chemise lui collait sur le dos maintenant, il a décidé de ne pas être gêné, au contraire d’y chercher du plaisir. A cet instant la chemise trempée qui lui collait et tiraillait sa peau, s’est transformée en une main géante et douce qui lui caressait et massait le dos.

Les grosses gouttes d’eau tombant sur les pierres de la rue de Rosier qui avance en serpentant, s’éclataient au contact du sol et formaient des vaguelettes minuscules. Le sol brillait. Il a pris la première rue à droite. Il a senti les odeurs de cuisine de l’Europe centrale qui se dégageaient du restaurant Joe Goldenberg. Il a accéléré le pas. Il s’est souvenu du « Menemen » au paprika de sa mère. Il a avalé sa salive, descendre du bateau à la première embarcadère, prendre un « dolmus » pour Taksim – il y a toujours un « dolmus » vers Taksim de n’importe quel quartier- de là aller à Fatih chez sa mère… mais difficile de se détacher de l’eau. Il a essuyé l’eau de pluie de ses yeux. Le Bosphore, le menemen ont disparus. Il se rapprochait de son but. Juste derrière ces arbres là-bas !

Il courait maintenant, il faisait un avec la pluie, il était même plus mouillé que la pluie. Chaque fois que ses pieds battaient le sol, il sortait de son corps plus d’eau que la pluie.

Et voilà le pont Marie. Il a ralenti, il a marché doucement jusqu’au milieu du pont, goûtant le plaisir de chacun de ses pas. Il s’est arrêté, tourné son visage vers l’ouest et s’est mis à contempler la Seine, juste en dessous de lui, qui coulait sous la pluie en tourbillonnant. Ce n’était peut-être pas le Bosphore mais de l’eau tout de même.

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